Le très vieux temps

Auteur : Jean-Claude Pirotte

Le très vieux temps

Les minces trésors des jours perdus, les infimes richesses de son enfance solitaire bouleversent plus que jamais le vieux cœur du poète qui n’a pas renoncé à la surprise ni à la joie, bien qu’une ombre passe sur son front qui semble toujours plus accablante. Alors il les serre dans le reliquaire fragile de ses chansons boiteuses, par souci d’apaisement peut-être et pour encore donner des gages « au rêve absolu ».

Extrait

parce que le dessein des vies
c’est la mort nous écoutons
les chants lointains de l’innocence
qui se mêlent aux souvenirs

et nous ne savons qui de nous
ou des enfants aux voix ravies
s’avance entre les platanes gris
vers les champs qui bordent le jour

nous allons depuis les temps
premiers jusqu’à ces bords
du ciel qui s’éloignent
jusqu’au dernier jour

qui est encore un jour
mais dans une autre vie

Paru le 1er mars 2012

Éditeur : Le Temps qu’il fait

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Georges Didi-Huberman

Survivance des lucioles

Les lucioles, il ne tient qu’à nous de ne pas les voir disparaître. Or, nous devons pour cela, assumer nous-mêmes la liberté du mouvement, le retrait qui ne soit pas repli, la force diagonale, la faculté de faire apparaître des parcelles d’humanité, le désir indestructible. Nous devons donc nous-mêmes - en retrait du règne et de la gloire, dans la brèche ouverte entre le passé et le futur - devenir des lucioles et reformer par là une communauté du désir, une communauté de lueurs émises, de danses malgré tout, de pensée à transmettre. Dire oui dans la nuit traversée de lueurs, et ne pas se contenter de décrire le non de la lumière qui nous aveugle.

Georges Didi-Huberman, Survivance des lucioles, Éditions de Minuit, 2009.