Le vent

Ma Desheng

LE VENT

le vent garde ton merveilleux sourire
enchâssé dans une larme d’enfant

le vent traverse l’intimité obscure des forêts
pour caresser la peau du désert

le vent enroule le soleil devant l’aube
puis retourne se jeter dans les bras de la nuit

le vent préfère se donner aux sommets des montagnes
que de dormir à leur pied

le vent décoche les mots du poète
dans le bouclier des amants

le vent attend tes regards brûlants
pour les semer dans l’air limpide

le vent couché sur l’horizon arqué
regarde la lune glisser dans une enveloppe anonyme

le vent s’égare sur la route où tu marches souvent
et recherche des pas qui ne sont pas les tiens

le vent qui a conquis les plus antiques mensonges
s’envole vers un ciel sans étoiles

le vent te tire du sommeil
parce que ta nuit est pleine de rêves interdits

Paris, 2003
Traduction Emmanuelle Péchenart

Poème
de l’instant

Mon corps et moi

Nu dans le soleil et si près d’être à jamais sauvé, c’est le réveil d’une chair pour qui la lumière, la joie ne peuvent être encore que d’intermittents miracles.

René Crevel, Mon corps et moi, Le Livre de Poche, 1991.