Leçon de ténèbres

Jean-Louis Rambour

 Leçon de ténèbres

Peintures de Fabrice Rebeyrolle

Leçon de ténèbres est un poème. On y trouve un personnage : une femme appelée Line. Dans le pays de Line, le ciel semble trop étroit pour les nuages mais il y a quand même la place pour une salle de bal, une rivière, un pont métallique, un jardin avec fil à linge, des peupliers, des salamandres, des livres ouverts. De la place encore pour que passe le Tour de France. C’est un petit pays, une petite histoire, petite leçon de mort et de vie, de survie. En fait, un prétexte à poésie. On finit par aimer Line, femme échassier de marécages, cerf-volant de papier, orgue et accordéon, ou simple tige de paille après la moissonneuse. Une femme agrippée à sa vie.

Line peut se prononcer aussi lune, lune,
bien sûr, impossible de ne pas y penser.
L’hiver, Line aime placer entre ses yeux
et le satellite des branches défeuillées,
multiples et noires comme seraient des gouttes
d’encre de Chine posées en haut d’une page
qu’on pencherait. C’est alors son théâtre d’ombres
qui fait de la lune un miroir laiteux, blessé,
une psyché éclatée meurtrie de fêlures
ainsi que se déchirent les vaisseaux du cœur.

Paru le 13 avril 2022

Éditeur : L’herbe qui tremble

Poème
de l’instant

Coplas

La vérité vraiment vraie
jamais ne se cache en l’obscurité,
elle se cache en la pleine clarté.

José Bergamín, « Coplas », Traduction de L.-F. Delisse, Revue Caravanes 8, Éditions Phébus, 2003.