Léo Ferré, droit de réponse ! par Frantz Vaillant

Léo Ferré, droit de réponse ! par Frantz Vaillant

L’immense talent du musicien-poète, cent ans après sa naissance, n’est plus discuté aujourd’hui. De son vivant, rien de tel ! Entre la presse et Léo, les rapports ne furent pas toujours « comme un vent frais dans un ciel clair » (Baudelaire). Il y eut pas mal d’orages, quelques éclaircies et même de jolis arcs-en-ciel. Mais l’artiste, à de rares exceptions, n’appréciait que très modérément les journalistes. Il les assimilait à des « démiurges que démange un prurit littéraire ». Dès 1958, dans « La vie moderne » il affirmait : « Les journaux c’est comme les pansements/ Faut en changer de temps en temps / Sinon ça vous froisse les idées ». Plus tard, en 1973, dans « Night and day », il assène : « Et l’encre se déloque à la gueule des gens / Le sperme des nouvelles se met du noir aux yeux ». Pourquoi ces coups de griffes de la part de ce farouche libertaire ? A-t-il été injustement traité ? Pourquoi donc rêvait-il de déverser « Des tonnes de crachat sur la critiquature » ? ….

Certes, les « bons papiers », c’est-à-dire les articles qui lui sont favorables, ne manquent pas et une carrière, on le sait, se bâtit sur la controverse. Léo a participé, et c’est heureux, à des émissions qui furent parfois à la hauteur de son talent. Il serait malhabile, sinon malhonnête, d’être l’avocat de l’artiste en endossant les habits d’un procureur. Cependant, il est savoureux de constater combien l’audience de Léo Ferré s’est construite non pas « avec » mais « malgré » une presse régulièrement irriguée par des légendes-bidons et des infos rarement vérifiées. « Léo Ferré, Droit de réponse ! » offre, je l’espère, un panorama saisissant de ces flèches trempées dans l’encre des rotatives et qui parfois « font mal jusqu’à la page des spectacles » (« Les loups »). Via de très nombreuses interviews données çà et là, Léo répond aux attaques et autres malentendus dont il fut la victime. En les rassemblant, l’équilibre est retrouvé.

Les journalistes répugnent à l’autocritique. À tort.
On y fait des découvertes surprenantes. Foi de journaliste.

Paru le 1er octobre 2016

Éditeur : Le petit véhicule

Genre de la parution : Essai

Poème
de l’instant

Serge Sautreau

Rivière je vous prie

Loin, un instant, des rives, souvenons-nous, riverains des cours de porcelaine, souvenons-nous des loges de verre, entre flammes et idoles, où se pâmaient le mythe, la révolte, les tyrannies de la fin…

Loin, à l’instant, loin du poumon fertile, c’est l’origine qui appelle avec de longs herbiers ondulant sous la nacre, laissant apercevoir des sables habités, des galaxie solubles, des à-pics de massifs coulés s’engloutissant dans le vert sombre.

Pour invoquer. Pour éveiller le dieu. Pour ne jurer de rien. Pour accueillir. Rivière.

Serge Sautreau, Rivière je vous prie, Éditions l’Atelier le Ciel sur la Terre, 1997