Léon-Paul Fargue

Jean Chaudier

Trancède la nuit, la promenade
En taxi dans la ville lumière

Il y a des amis à voir
Des soupers chez Lipp, des visites
Aux journaux qui impriment

Il y a des comptoirs, des tranches
De jambon à déguster chez la crémière
Toute une vie nocturne pour le
 Piéton de Paris

Tout avant de rentrer au petit
Matin dans cette solitude de
L’appartement ou de la chambre
D’hôtel et de pleurer au souvenir
De cette enfance chérie qui s’en
Est allée comme sont morts
Les parents si tendrement affectueux
Et de cette blessure naissent

Des poèmes bijoux de cette langue
Qui travaille sans relâche
Pour saisir au mieux ce monde
 Qui change

Et puis ce vaisseau qui lâche
Les mouvements qui ne se font plus
Et ce qu’il reste à vivre dans
Ce lit près du peintre épouse

Il est temps poète de tirer
Les rideaux car mieux que
Personne tu sais que tu as parcouru
 Toutes les routes
Et que tu ne peux aller plus
 Loin

O refuge des gares de toutes les
Solitudes !

Poème
de l’instant

Jean-Claude Xuereb

À nonante encore

Dans la banalité des jours
il savoure à l’instant
les tranches d’un fruit de soleil
parfum émerveillé d’enfance

Jean-Claude Xuereb, « À nonante encore », apulée, Éditions Zulma, 2021.