Les 400 coups

Histoire du monde

1er avril 2010

Histoire du monde

Au commencement je tournais déjà
plus fort que ma joie et mes premières couleurs
palpitaient entre les lèvres du soleil…
Le vide m’entourait. Je flottais dans l’espace
et j’étais sans défense.
Météorites et comètes me frappaient
dans de gigantesques gerbes de lumière…
Pour me protéger, j’inventai alors l’air et l’eau…
Je préparais sur mes palettes des bleus inconnus,
des verts enchanteurs, des rouges mystérieux.
Ainsi parle la Terre. Elle se raconte et parle de la naissance des hommes et de son amour (…)

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.