Les Complaintes

Auteur : Jules Laforgue

Les Complaintes

Le plus connu des poètes méconnus de la fin du siècle passé, Jules Laforgue, est mort à vingt-sept ans. Publiées en 1885, Les Complaintes constituent un des recueils majeurs de la modernité. En reprenant la forme de la complainte, si typique de la chanson populaire, triste certes, mais faussement naïve et volontiers goguenarde, Laforgue entend bien faire œuvre originale et se démarquer de poètes qu’il n’aime guère, tel Corbière. Et c’est précisément parce qu’elle est inclassable que sa poésie suscite des avis partagés. Si Gide et Malraux ont aimé Laforgue, les surréalistes l’ont boudé, le suspectant d’amitiés « réactionnaires ». Il faut ainsi, pour lire Laforgue, se passer de recommandation extérieure et simplement l’écouter, lui qui compare la musique des Complaintes à celle de « son congénère l’orgue de Barbarie ».

Paru le 19 novembre 1998

Éditeur : Flammarion

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Gérard de Nerval

« Vers dorés »

Homme ! libre penseur – te crois-tu seul pensant
Dans ce monde où la vie éclate en toute chose :
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l’Univers est absent.

Respecte dans la bête un esprit agissant…
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;
Un mystère d’amour dans le métal repose :
Tout est sensible ; – et tout sur ton être est puissant !

Crains dans le mur aveugle un regard qui t’épie :
À la matière même un verbe est attaché…
Ne la fais point servir à quelque usage impie.

Souvent dans l’être obscur habite un Dieu caché ;
Et, comme un œil naissant couvert par ses paupières
Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres.

Gérard de Nerval, 1808-1855, « Vers dorés ».