Les Complaintes

Auteur : Jules Laforgue

Les Complaintes

Le plus connu des poètes méconnus de la fin du siècle passé, Jules Laforgue, est mort à vingt-sept ans. Publiées en 1885, Les Complaintes constituent un des recueils majeurs de la modernité. En reprenant la forme de la complainte, si typique de la chanson populaire, triste certes, mais faussement naïve et volontiers goguenarde, Laforgue entend bien faire œuvre originale et se démarquer de poètes qu’il n’aime guère, tel Corbière. Et c’est précisément parce qu’elle est inclassable que sa poésie suscite des avis partagés. Si Gide et Malraux ont aimé Laforgue, les surréalistes l’ont boudé, le suspectant d’amitiés « réactionnaires ». Il faut ainsi, pour lire Laforgue, se passer de recommandation extérieure et simplement l’écouter, lui qui compare la musique des Complaintes à celle de « son congénère l’orgue de Barbarie ».

Paru le 19 novembre 1998

Éditeur : Flammarion

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Philip Larkin

Où vivre, sinon ?

Est-ce pour maintenant ou pour toujours
Que le monde est pendu à une tige ?
Est-ce pour un rendez-vous ou par ruse,
Ces bois trouvés pour aller faire un tour ?

Est-ce miracle ou mirage
Si vers les miennes se lèvent tes lèvres ?
Et les soleils, comme des balles de jongleurs,
Sont-ils une feinte ou un gage ?

Darde tes feux, mon ange surprenant,
Faisant front de tes seins à la peur coupe court,
Te prenant maintenant, je te prends pour toujours,
Car le toujours est toujours cet instant.

Philip Larkin, Où vivre, sinon ?, Traduit de l’anglais par Jacques Nassif, Éditions de la Différence, 1994.