Les Lunes, d’après Marina Tsvetaeva

L’Histoire

Après avoir émigré près du canal Saint-Denis à Paris 19°, Meudon, Vanves, puis à Clamart, Marina et son fils louent une sobre chambre de l’Hôtel Innova, au 32 boulevard Pasteur, à Paris. C’est là que l’histoire commence. C’est ce matin-là, dans sa « maison d’exil », qu’elle ouvre la fenêtre. Un mirage : Marina se dédouble. Neuf estampes d’elle
vont se vivre.

Note d’Intention

Les forces fantômes présentes dans la mise en scène de La Mouette d’Anton Tchekhov en 2017, continuent à traverser la scène. La maison, même en exil, est réconfortante, et c’est au cœur de ce calme passager que neuf femmes - rebelles, artistes, mères, libres, amantes, esseulées, étrangères, avides - interprétées par neuf actrices, vont se rejoindre et n’en faire qu’une : la femme créatrice. Elle s’appelle Marina. Elles sont les ombres des voyages, des amant.e.s et amours, des passions, du quotidien, de la créativité. Comment chaque jour, on ouvre les yeux sur le rêve. Comment le quotidien d’une personne engendre une danse perpétuelle entre le concret et l’abstrait. La nécessité, l’urgence presque d’être soi, et d’accomplir en même temps un trajet artistique, quel qu’il soit. Ce sont des forces qui parfois s’harmonisent, et qui parfois s’entrechoquent. La lune chasse leurs pensées dans la maison. Cette chambre de l’Hôtel Innova est une grande pièce sobre dans laquelle les murs reflètent des ombres, des apparitions. Tous les éléments sont figurés. Création d’images construites, insolites, fabriquées, projetées, magiques : L’ombre. Des rétros-projecteurs manipulés par les actrices, des couleurs qui invitent au rêve, les visions de nos pensées et - ou de la réalité.

Comme pour l’écrivain Tsvetaeva, la page sera blanche. Un vaste espace où les ombres de l’imaginaire pourront à loisir être projetées. Une bande son évocatrice accompagne avec sensibilité les
actrices. On entendra les secrets de la nature, les bruits de la maison, des voix parfois, les prémices d’un chant, des nimaux bien étranges, certains instruments mélodieux, des rires d’enfants, des silences habités, des sons
contemporains, etc. Ces actrices de toutes générations et origines vont vivre sur le plateau des instants précieux d’amitié, de fraternité, de joie, de péril, ensemble, amies, compagnes, filles, inconnues, aimées, fantômes. Avec force, pudeur et humour, elles dialoguent, chantent, dansent, évoquent des émotions, se lient, rient, luttent, se perdent. Elles donneront à
entendre les plus belles pensées souterraines de cette femme auteure et rebelle.
Elles sont belles, en robes colorées ou un peu garçonnes, très jeunes ou plus matures, elles sont d’aujourd’hui, elles étaient déjà là il y a longtemps. La vie de Marina est transfigurée par l’art. Et si son œuvre « n’est rien », dit-elle, sa vie va à la même vitesse. Une impatiente d’autre chose…

Distribution
Adaptation et Mise en scène : Isabelle Hurtin
Conception Ombres : Marie Vitez
Assistants : Bruno Bisaro et Kevin Chemla
Lumières : Stéphanie Daniel
Son : Lionel Erpelding
Attachée de Presse : Isabelle Muraour
Relations Publiques : Laëtitia Leroy

Avec :
Ilham Bakal
Coco Felgeirolles
Inès Hammache
Isabelle Hurtin
Fanny Jouffroy
Olivia Machon
Yasmine Modestine
Maeva Pinto Lopes
Marie Vitez
Production : Compagnie du Ness
Avec l’aide de l’ESCA, de l’AFPR, en partenariat avec AGITAKT, Le Théâtre 13-Seine, Le T2G, La Ménagerie de verre
Le Printemps des Poètes et La Journée de la Femme
Durée : 2h

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.