Les Odes par John Keats

Les Odes par John Keats

Grâce à Alain Suied, nous pouvons lire Keats non plus comme « le grand poète anglais » mais comme notre contemporain : « En modernisant (à outrance ?) ma traduction, écrit Suied, je ne fais que suivre l’exemple et l’injonction du poète. N’est-ce pas à travers ses choix si “subjectifs” (et tellement moqués à son époque !) qu’il a ouvert la voie à toute la Poésie moderne ? » C’est le privilège du grand traducteur de donner à relire les classiques autrement. C’est le cas d’Alain Suied avec Keats.
Lisons les premières lignes de sa préface des Odes : « “Puérile”, “maladive”, “vulgaire”, “abstraite”, “répétitive”, “licencieuse”, “insensée” : on ne saurait citer tous les qualificatifs qui accueillirent, au XIX° siècle, en Angleterre, la publication des poèmes de Keats. Cette œuvre vouée à la beauté et au malheur du vivant, à la quête d’une allégorisation vivace de la brièveté et de la disparition d’une existence, à l’éloge d’Homère et de Dante et à la remise en question des conceptions poétiques de ses contemporains et désormais tenue pour la plus influente dans l’univers si riche et si varié de la poésie moderne de langue anglaise, fut l’objet des sarcasmes et des insultes de nombre de ses contemporains. »

Paru le 1er septembre 2009

Éditeur : Arfuyen

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.