Les Rois mages

suivi de L’Étape dans la clairière

Auteur : André Frénaud

Les Rois mages

Poète

Le poète inspiré
épile son chien
ou caresse une étoile,
et toujours entre ses doigts
sa profonde voix chante.

Mes mots, mon beau langage,
tous les vins que je mûris pour moi,
le sang de ma terre et des miens,
l’alcool de toutes les villes et du feuillage.

Mon sang gourd et la lumière
que tant d’angoisse y faisait sourdre,
mon sang fauve, mon sang d’arc-en-ciel,
pour la soif de tous les hommes et pour moi.

Épanchement charnu de mes songes
les plus réservés
qui dorment en bouteilles.
Tombe la foudre et le miracle explose,
ma cave resplendit.
Je suis ivre et je chante.

Paru le 3 novembre 1987

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Marceline Desbordes-Valmore

« Les roses de Saadi »

J’ai voulu, ce matin, te rapporter des roses ;
Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.

Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.
Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir ;

La vague en a paru rouge et comme enflammée :
Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée…
Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

Marceline Desbordes-Valmore, « Les roses de Saadi », Poésies de 1830.