Les Sandales

Annie Salager

Cela pourrait vous arriver,
de l’autre l’angoisse recevoir
avec ses morcellements ses cris
ses cassures ses mots violents où
le sens se retourne grimace frappe
et après c’est comme si je me fouettais
moi-même quand je te parle comme ça
dirait l’autre dans un instant lucide
que tout après dénierait

Vous pourriez tout à coup hériter
des siècles de violence là-bas ici
femmes mutilées terrorisées inexistées
femmes piétinées pour avoir donné
une vie que rien n’exemptera
d’humiliation ni de mort

Comment sauveriez-vous
cet or profond de vos sandales
où s’abreuve une paix méconnue
qui nourrit l’ombre et l’herbe
sous la légèreté de votre pas ?
Choisiriez-vous le très long silence
ou contre le passé qui s’étend
l’exigence d’être nommée
toujours neuve et sa dure fraîcheur ?

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.