Les amours Chino

Auteur : Christian Prigent

<i>Les amours Chino</i>

Ce livre fait suite à Les Enfances Chino, roman publié chez POL en 2013.
À la fin du précédent volume, le « héros », Chino, est parvenu au sommet de la pente dite « enfance ». Dans Les Amours Chino, il a basculé sur l’autre versant puis dévalé, d’adolescence à sénescence, vers les passions amoureuses. Les « fleur bleue » comme les pornographiques, les durables et les furtives, les douloureuses et les joyeuses, les exotiques et les banales.
De l’évocation de ces épisodes Christian Prigent a fait un roman, en dix-huit chapitres. On n’y suit pas l’ordre du temps. Plusieurs époques, plusieurs scènes, plusieurs objets d’amour s’y trouvent recomposés sans souci de reconstitution. Tout remonte en vrac du feuilleté de la mémoire des corps, des paroles, des sites, des agitations sensuelles.
Pour arrêter ce mouvement sur quelques images à peu près nettes, on a voulu une forme découpée en spots brefs, concentrée, régulière : explicitement artificielle. Ce pourquoi ce roman est en vers. Un vers sévèrement compté – impair, pour éteindre la mélodie trop chantonnée. Ostensiblement rimé (même si parfois de façon acrobatique, voire clownesque). Et emporté par un train obstiné de quatrains (trois à chaque fois).

Paru le 1er avril 2016

Éditeur : POL

Genre de la parution : Prose

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.