Les années sombres

Charles Juliet

LES ANNÉES SOMBRES

le chagrin fou de l’enfance

ses émotions le débordent le mettent en charpie
il se défie des adultes et se mure dans le silence
l’ennui l’ennui des heures interminables
quand il garde ses vaches
assiste aux messes du petit matin
dans l’église ténébreuse
chaque soir il est terrorisé
quand il descend dans l’antre noir
pour y chercher du vin
la joie qu’il éprouve un matin de Noël
à voir une orange glissée dans sa galoche
cette stupeur qui le saisit
quand celle qu’il croyait être sa mère
lui apprend que sa mère vient de mourir
puis à douze ans
loin de la mère au grand cœur
il se retrouve dans une caserne
où il va rester huit ans
et ce fut sa chance

les brûlures le chagrin fou
d’une enfance disloquée

Poème écrit pour le 14ème Printemps des poètes

Poème
de l’instant

Jacques Ancet

La dernière phrase

Il n’y a ni drame ni déchirure.
On dirait dans le jour un infime
vertige. Rien ne change mais tout
vacille. ce qu’on voit, on le voit
comme s’il venait de s’absenter
et que chaque objet portait encore
une trace de ce qui s’éloigne.
Un peu de chaleur avant le froid.
Une attente qui n’attend plus rien.

Jacques Ancet, La dernière phrase, Frontispice de Paul Hickin, Éditions Lettres vives, 2004.