Les blancs pains

Auteur : Françoise Lison-Leroy

Les blancs pains

Françoise Lison-Leroy poèmes, Diane Delafontaine collages et dessins

Petite tante. Tu me devances à grands pas, car ta course est légère. Je fais halte en ce siècle qui convoque ma présence. Je lâcherai prise à mon tour, léguant le crayon à d’autres mains fugueuses. Tout ce qui est écrit s’immisce dans la fresque, témoin de l’échappée. Il fait clair.

Faire ses blancs pains, au Pays des Collines, c’est pétrir le drap du lit comme pour préparer une offrande pour l’au-delà. Ce geste annonce alors que la mort est proche et que le mourant, doucement, se prépare. En trois textes qui s’enchaînent, Françoise Lison-Leroy interroge la place prise par chacun dans sa famille, les présents comme les absents, ceux à la longue vie ou les enfants partis trop tôt. Comme cette tante de deux ans, emportée par la fièvre dans un temps où la vie des enfants était plus fragile.

Au cimetière du village, sa tombe côtoie celles d’autres enfants ; un respect sacré, partagé, inné entoure ce petit coin du cimetière. Sa présence habite les pensées et les promenades de l’auteure. Évocations légères, souvenirs, bribes glanées au fil des pérégrinations, mémoire de la famille… ce qui reste de vie pour ceux qui grandissent. Précédée par cet enfant, l’auteure se sent aussi portée par celle qui lui offre alors une bienveillante attention. Elle tisse un monde où les sentiments se transmettent par-delà les mots.

Diane Delafontaine accompagne ce texte d’images qui, elles aussi, s’ancrent au passé comme au présent. Une manière de faire le lien et de donner au texte une tonalité faite de photos anciennes et de retouches à l’encre.

Texte de l’éditeur.

Paru le 8 mars 2019

Éditeur : Esperluète Editions

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.