Les cahiers de Peut-être

Revue publiée avec le concours de la Région Ile de France et du Centre national du livre

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Association des amis de l’oeuvre de Claude Vigée
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77144

Chalifert

Peut-être, n°5

1er janvier 2014

Peut-être, n°5

Des rayons de miel sont enfouis dans la montagne de Jérusalem, comme les paroles logées muettes dans l’épaisseur d’un livre. Les deux royaumes subsistent parce qu’ils obéissent à la loi de l’interférence. Il y a interaction ordonnée entre ces noyaux pulsants de semence, soleils de calcite rayonnants et denses, et le grain fin, rose ou gris, de la pierre nocturne du monde. Pareil à l’œil stratifié du cyclope, avec ses cristaux taillés en facettes, le temps ici connaît un ordre libre et dispersé. L’unité (…)

Les sentiers de velours sous les pas de la nuit

1er octobre 2012

Les sentiers de velours sous les pas de la nuit

"Le chant mystérieux né sur l’arbre de vie,
tu l’entends bruire aussi au plus secret de toi
dès qu’il traverse à l’aube l’espace clair-obscur
où chaque arbre en vibrant de la racine aux cimes,
pris avec les saisons dans sa danse mortelle,
tient le monde captif sous sa terrible étreinte ;
nous naîtrons pour durer, pour mourir avec lui,
portés par sa ramure où fleurit la lumière
dont la rumeur se fait parole humaine dans le vent :
"Ce chant, qui est le feu du coeur, l’arbre de (…)

Mots et notes

1er septembre 2012

Mots et notes

Illustrations de Marie-Brunette Spire
Alfred Dott et Guy Braun
"ô vie matérielle. Je te remercie de me comprimer de partout. Alors plus puissant l’idéal jaillit et gicle."

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.