Les cent mille chants

Ceci est une fable, un divertissement
Où vous êtes pareils au bleu profond,
Et puissent les nuages ne pas vous obscurcir.
Moi la lune, moi le soleil
Si je ne deviens pas le captif des planètes
Nous nous rencontrerons encore et encore.

Milarépa, 1040-1123, Les cent mille chants , Traduit du tibétain par Marie-José Lamothe, Fayard, 1992.

Poème
de l’instant

Leconte de Lisle

Midi

Homme, si, le cœur plein de joie ou d’amertume,
Tu passais vers midi dans les champs radieux,
Fuis ! la Nature est vide et le Soleil consume :
Rien n’est vivant ici, rien n’est triste ou joyeux.

Mais si, désabusé des larmes et du rire,
Altéré de l’oubli de ce monde agité,
Tu veux, ne sachant plus pardonner ou maudire,
Goûter une suprême et morne volupté,

Viens ! Le Soleil te parle en paroles sublimes ;
Dans sa flamme implacable absorbe-toi sans fin ;
Et retourne à pas lents vers les cités infimes,
Le cœur trempé sept fois dans le Néant divin.

Leconte de Lisle, 1818-1894, « Midi », Poésies antiques, 1852.