Les cent mille chants

Ceci est une fable, un divertissement
Où vous êtes pareils au bleu profond,
Et puissent les nuages ne pas vous obscurcir.
Moi la lune, moi le soleil
Si je ne deviens pas le captif des planètes
Nous nous rencontrerons encore et encore.

Milarépa, 1040-1123, Les cent mille chants , Traduit du tibétain par Marie-José Lamothe, Fayard, 1992.

Poème
de l’instant

Marceline Desbordes-Valmore

« Les roses de Saadi »

J’ai voulu, ce matin, te rapporter des roses ;
Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.

Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.
Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir ;

La vague en a paru rouge et comme enflammée :
Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée…
Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

Marceline Desbordes-Valmore, « Les roses de Saadi », Poésies de 1830.