Les événements visibles et autres poèmes d’Élisabeth de Vautibault

Les événements visibles et autres poèmes d'Élisabeth de Vautibault

C’est dans les termes suivants que Léon-Paul Fargue préface son premier recueil dont des extraits paraissent dans la NRF : « Il ne se passe pas de jours que l’on ne m’annonce sous quelque forme la mort de la poésie. Ce sont les critiques qui embouchent leurs cors, c’est un avaleur de monocles qui pérore, engoncé dans une cheminée mondaine, c’est le fils de ma concierge, boxeur de quartier à ses moments perdus, qui me gratifie de ses condoléances d’un coup de paupière, ce sont les écrivains pour marchands de meubles et les chroniqueurs de wagons-restaurants, les tripiers devenus sous- secrétaires d’État à la danse […] Bref il n’est pas un bon Français qui ne soit impatient de bornioliser la Muse. […] Les poèmes d’Élisabeth de Vautibault sont beaux, j’ai gardé ce mot pour la fin à dessein, parce qu’ils sont poèmes, parce qu’ils refusent d’être autre chose qu’un rendu exquis et essentiel, parce qu’ils sont d’une dignité de pyramide et d’une précision d’atome, enfin parce qu’ils sont réussis jusque dans les recoins de leurs cellules et que Poésie n’accepte pas ce qui est manqué. »

"Le corpus bonhomme

Voyez le vent plein d’oiseaux (avec des ailes creuses pour le vent).
Voyez le désastre du cœur ! Les projets les besoins abîmés.
Voyez le trou muré qui attend sous chaque fenêtre le corps dévoré d’ambition et d’amour ! Où sommes-nous
lorsque sonne
le commencement rapide des printemps, des liaisons, des combinaisons d’âmes insensées ?
« Venez être beaux ! Être riches ! »
« Il n’y a pas de quoi rire, idiots ! »
Le vrai, c’est le chapeau couvert de bijoux neufs, la main aux grands os certains qui apaisent les silences, cueillent l’instant définitif, impossible à refaire, à manquer, sur le comptoir et sur la peau, et sur la table des vieux convives…."

Paru le 1er février 2008

Éditeur : La Différence

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Emmanuel Moses

Il était une demi-fois

Donnez-moi un mot
J’en ferai deux, j’en ferai trois
Et puis cent, et puis mille
Et quand je ne pourrai plus compter
Je repartirai en arrière
Jusqu’au tout premier
Qui sera le dernier.

Il était une demi-fois, Emmanuel Moses, illustré par Maurice Miette, Éditions Lanskine, 2019, p.32.