Les hautes-salles d’Hervé Delabarre

Les hautes-salles d'Hervé Delabarre

La violence persillée de tendresse, Quand pleurent au fil des plages / Hantées de barbelés / Les jouets déchiquetés, les nostalgies aux images brutes, éminemment intimes, dans les deux ensembles proposés ici par Hervé Delabarre, sont les reflets champ-contrechant, de l’honnêteté sauve d’un poète.
Les plans cinématographiques vécus, remontés de l’enfance
occupée à Saint-Malo, s’impressionnent sur la pellicule d’une vie où « Elle » est le véhicule. Poète de tempérament, Hervé Delabarre signe avec ce livre la plage où chaque vague reforme ce qui fut arasé des
ruines convoquées. Éric Sénécal

Poète, dont l’écriture assume ses filigranes surréalistes, et peintre, Hervé Delabarre a construit une identité tendue entre diverses formes, occupant le terrain d’une émotion toute en retenue. Né en 1938 à Saint-Malo, où il vit, il fut enseignant, et collabora à de nombreuses revues, un temps grandement influencé par le Surréalisme. Sa rencontre avec André Breton a durablement marqué sa relation à la poésie. Son travail de peintre est
une sorte de prolongement du poème, l’autre versant de ses
préoccupations et une tentative supplémentaire pour capter la
fascination et le mystère de l’Autre.

Paru le 1er novembre 2012

Éditeur : Clarisse

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.