Les mains fertiles

Auteur : Brigitte Baumié

<i>Les mains fertiles</i>

50 poètes en langue des signes
Livre-DVD
Anthologie établie et présentée par Brigitte Baumié, musicienne et poète en perte d’audition.
Vidéos réalisées par Pierre Garbolino, vidéaste et réalisateur.
Préface de Michel Thion
Brève histoire de la LSF par Michel Lamothe et Marie-Thérèse L’Huillier

Le mot de l’éditeur : Ceux qui l’ont vécu vous le diront : voir un de ses propres poèmes traduit en langue des signes procure une émotion incomparable. C’est parce que j’ai vécu cette émotion que j’ai souhaité devenir l’éditeur de la première anthologie de poésie en langue des signes française. Ce livre et le DVD qui l’accompagne donnent à lire, à voir et à entendre cinquante poètes contemporains venus de tous les horizons. Une mosaïque vouée à la polyphonie des cultures et des voix. Les poètes de cette anthologie se trouvent reliés par une interprétation gestuelle devenue un acte poétique en soi. Les captations – réalisées en studio ou lors de grands festivals de poésie, comme le festival Voix vives de méditerranée en méditerranée de Sète ou le festival de poésie de Saint-Martin d’Hères – ne restituent pas seulement l’expressivité des textes. Elles étendent aussi le territoire du poème aux dimensions du corps, révélant une langue au-delà des mots. Cette émotion rare, je souhaite aujourd’hui la faire partager

Extrait :
« CRI
La voix du ventre
Les mains qui signent
Oppression de l’ombre
Mon cri sommeille &
S’étrangle
Éruption solaire
Tempête d’un cri qui
explose »
Djenebou Bathily, slameuse et poète sourde.

Paru le 1er septembre 2015

Éditeur : Editions Bruno Doucey

Genre de la parution : Anthologie

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.