Les mots du corps / Las palabras del cuerpo de Lourdes Espinola

présentés et traduits de l’espagnol par Claude Coufon.

Aujourd’hui, Lourdes Espínola poursuit son opération de vérité, mais en adoptant le ton confidentiel de la confession pour exprimer la réalité de son corps de femme, ses sensations, ses attentes, ses élans et ses abandons, et aussi ses mystères. Car, en s’enfonçant dans les arcanes du labyrinthe charnel, le poète découvre, grâce à l’intuition secrète des mots, certaines fulgurations de l’acte sexuel, dans sa préparation et sa réalisation. Hymne à l’amour physique, ce recueil n’est pas qu’un chant érotique ; il est aussi constats, interrogations sur l’origine et la transcendance du plaisir, les motivations heureuses ou fallacieuses du désir. Le corps devient en quelque sorte la page blanche sur laquelle le poète transcrit à la fois l’expérience vécue et la réflexion qu’elle inspire. Le miroir, ici, est souvent présent ; il reflète, bien sûr, l’image extérieure des corps en présence, mais aussi et surtout l’image intérieure, celle que présentent le coeur et l’intelligence. Dans Les mots du corps, chaque poème, d’une grande force suggestive, est comme un secret chuchoté à l’oreille du lecteur. Nous tendons la nôtre avec ravissement.

Paru le 1er décembre 2002

Éditeur : Indigo et côté femmes

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.