Les obscurcis

Auteur : Vénus Khoury-Ghata

<i>Les obscurcis</i>

Trois livres en un.

Les obscurcis, dédié à Claude Estéban, est une réponse à son poème « Je suis le mort ». Nous sommes ce qui n’est pas/noms variant avec la réverbération de la lumière sur la pierre/rangés par ordre d’oubli et de datation/transvasable lorsqu’il plaît à la terre de se retourner.

Compassion des pierres parle de la naissance des mots quand le vent était le seul habitant de la planète, du langage réduit à une ligne droite réservée aux oiseaux ; les consonnes portaient des vêtements rêches alors que les voyelles étaient nues. Quand dans les pays caillouteux « les hommes avaient un sommeil sans rêve. »

Elle dit raconte les femmes de mon village perché sur 2000 mètres d’altitude, le village de Gibran, auteur du Prophète. Coupé du monde par la neige, les veuves discutent avec un arbre, gesticulent face à la montagne : courir vers la rue ne sert qu’à son ombre, les pluies ont effacé les terres et la planète qui tourne sur elle-même la ramènera à son point de départ. Déjà traduit aux USA, ce texte a été sélectionné pour le National Book Award.

Dernier volet de Elle dit, Les sept brins de chèvrefeuille de la sagesse raconte ce village juché sur un nuage, avec ses chèvres aussi nombreuses que ses habitants. Ses cascades qui crient dans l’oreille de la vallée, ses ermites, ses saints habitant les cavernes et la lune pareille à une hostie, et son facteur qui échange sa bicyclette contre un âne flambant neuf.

Paru le 2 mai 2008

Éditeur : Mercure de France

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.