Les obscurcis

Auteur : Vénus Khoury-Ghata

<i>Les obscurcis</i>

Trois livres en un.

Les obscurcis, dédié à Claude Estéban, est une réponse à son poème « Je suis le mort ». Nous sommes ce qui n’est pas/noms variant avec la réverbération de la lumière sur la pierre/rangés par ordre d’oubli et de datation/transvasable lorsqu’il plaît à la terre de se retourner.

Compassion des pierres parle de la naissance des mots quand le vent était le seul habitant de la planète, du langage réduit à une ligne droite réservée aux oiseaux ; les consonnes portaient des vêtements rêches alors que les voyelles étaient nues. Quand dans les pays caillouteux « les hommes avaient un sommeil sans rêve. »

Elle dit raconte les femmes de mon village perché sur 2000 mètres d’altitude, le village de Gibran, auteur du Prophète. Coupé du monde par la neige, les veuves discutent avec un arbre, gesticulent face à la montagne : courir vers la rue ne sert qu’à son ombre, les pluies ont effacé les terres et la planète qui tourne sur elle-même la ramènera à son point de départ. Déjà traduit aux USA, ce texte a été sélectionné pour le National Book Award.

Dernier volet de Elle dit, Les sept brins de chèvrefeuille de la sagesse raconte ce village juché sur un nuage, avec ses chèvres aussi nombreuses que ses habitants. Ses cascades qui crient dans l’oreille de la vallée, ses ermites, ses saints habitant les cavernes et la lune pareille à une hostie, et son facteur qui échange sa bicyclette contre un âne flambant neuf.

Paru le 2 mai 2008

Éditeur : Mercure de France

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.