Les oiseaux du petit fleuve de François Graveline

Les oiseaux du petit fleuve de François Graveline

Extraits de Les oiseaux du petit fleuve

Un oiseau passe

la vie aussi

tu n’en sais pas plus

sur elle que sur lui.

L’énigme

est ta chrysalide.

Petit fleuve

ton silence

est une eau douce

pour l’océan

un grand large

qui t’emporte.

L’énigme

est un galet

le ricochet

une réponse.

Corbeau

tonnerre ailé

tonnerre éraillé

rauque orage

l’éclair

te reste en travers de la gorge.

Point droit point glissé point coulé

point de piqûre et

point arrière

à grandes aiguillées d’ailes aiguës

les hirondelles font le printemps.

Tu te dresses

au plus bas des cieux

dans un monde à perte de vue.

Au bord du petit fleuve

ton cri

a jeté sa falaise.

Paru le 1er juin 2015

Éditeur : PO&PSY

Genre de la parution : Revue

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.