Les rives du Lot

Anne Marie Bernad

Les rives du Lot serrées sur l’hiver s’ouvraient , particulièrement attentives, à la première caresse du ciel. L’union de ce bleu matinal porteur d’une résurrection possible me donnait la dimension solitaire des mots.
Transparence hivernale des flancs échevelés encore secrets.
Chevelure argentée par l’ossature fragile des bouleaux ; les collines s’irisent ainsi de promesses variées qui respirent les dernières brumes de la nuit.
Le ciel devenu uniforme et limpide se glisse alors sur la surface du Lot .
L’harmonie se plait à la lumière neuve d’un jour saint.
Bach dans la Passion selon St Jean rejoint le vol rapide de la buse qui traverse tout méandre.
Il s’agit alors de contempler,de se couler dans la voix humaine qui porte ce paysage jusqu’à la brûlure et comble le silence d’une beauté magistrale
Alors remuent en moi les battements d’ailes d’une liberté aux jouissances secrètes
Aller plus haut plus loin que l’offrande du jour
Paysage porté au paroxysme de sa présence par la création musicale d’un homme inspiré.
Le regard embrase le maximum de la grâce offerte où s’ajoute le vol plongeant des oiseaux qui se cherchent.
La partition dénoue les chants dans une bénédiction orchestrée.
Lorsque la lumière se répand jusqu’au fond des bois, l’ombre enfouie sa voix , désespérée et s’enfuit
C’est l’heure des contrastes d’où le jaillissement peut naître, où la fleur et l’arbre se connaissent avant le fruit , où la feuille se prépare .
La rivière peut alors offrir la souplesse de son eau, aux collines qui la respirent
Partager le vide , ressuscite en moi l’accomplissement de la beauté.

Poème
de l’instant

Emmanuel Moses

Il était une demi-fois

Donnez-moi un mot
J’en ferai deux, j’en ferai trois
Et puis cent, et puis mille
Et quand je ne pourrai plus compter
Je repartirai en arrière
Jusqu’au tout premier
Qui sera le dernier.

Il était une demi-fois, Emmanuel Moses, illustré par Maurice Miette, Éditions Lanskine, 2019, p.32.