« Les roses de Saadi »

Marceline Desbordes-Valmore

J’ai voulu, ce matin, te rapporter des roses ;
Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.

Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.
Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir ;

La vague en a paru rouge et comme enflammée :
Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée…
Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

Marceline Desbordes-Valmore, « Les roses de Saadi », Poésies de 1830.

Poème
de l’instant

Gardez-les pour l’amour

Gardez-les pour l’amour
ces poèmes ces murmures
ils sont faim souveraine
contre l’usure du monde et des mots
ils sont l’humus des mémoires et des gestes
et le brûlé des choses

Jean Royer, 1938-2019.