Libers di scugnî lâ/Libres de devoir partir/Liberi di dover partire de Leonardo Zanier

Libers di scugnî lâ/Libres de devoir partir/Liberi di dover partire de Leonardo Zanier

Traduit en français par Daniel Colomar

Ce livre témoigne d’une réalité trop méconnue : il existe une littérature de l’immigration italienne dans le monde, une littérature de ces saisonniers qui trimballent à travers les frontières une valise dans laquelle ils ont enfermé leur espérance, sans autre héritage que la route toujours recommencée, qui ne rentrent au pays que pour mourir et transmettre la valise à des fils qui reprendront la route, désespérément. Leonardo Zanier a été l’un d’eux. Frioulan d’origine, il a travaillé comme saisonnier à Zurich. Doué intellectuellement, il a participé aux débats d’après mai 68, s’est engagé avec les syndicalistes et intellectuels italiens, pour travailler finalement à la formation professionnelle des travailleurs. On pourra faire tous les discours que l’on voudra sur l’immigration, aucun n’aura la force et l’intensité d’un poème de Zanier. Il faut lire ces vers chargés d’émotion, lourds d’une colère résignée et qui éclatent en révolte contre le ciel avec l’intensité de certains psaumes, pour comprendre la tristesse du départ, la solitude des époux séparés, la nostalgie du pays et la cruauté d’un système qui condamne un homme à « une vie qui n’est pas une vie, parce qu’elle n’est vécue que pour ne pas mourir ». L’édition présente les poèmes en frioulan, assortis d’une traduction italienne et de la très belle traduction française de Daniel Colomar.

Pierre Emonet

(choisir, février 2006)

Paru le 1er janvier 2005

Éditeur : Editions d’en bas

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Mohammed Khaïr-Eddine

Mémorial

Une clepsydre à la hotte des océans
bardée de silences ambiants arrime
un infini souverain au renouveau puissant…

Bleui ainsi que ton cœur éclaté en étoiles
filantes, il va, il se souvient
de tous les bataclans,
de navires en perdition
et des cieux souterrains,
de tes multiples faces –
royal et pur puisant la force
dans les ors incompris des hiéroglyphes et
dans
l’éclat précaire du Soleil.

Mohammed Khair-Eddine, 1941-1995, Mémorial , le cherche midi éditeur, 1991.