Libro del frío d’Antonio Gamoneda

Libro del frío d'Antonio Gamoneda

Avec Libro del frío, qui paraît en 1992, Antonio Gamoneda maintient sa poésie à la plus haute intensité, explorant les terres gastes que l’explosion définitive du grand recueil précédent (Descripción de la mentira – 1977) avait dégagées. Hantée par la mémoire et l’oubli, par l’obscénité et la pureté, nouée autour d’images qui se dressent plus comme des emblèmes mythiques que des symboles, cette œuvre est un voyage vers une mort glaciale et brûlante, dans la mesure où les poèmes qui le ponctuent sont à la fois les signes d’un paysage parfaitement réel –mais réel jusqu’au vertige, et les emblèmes d’un cheminement intérieur –mais d’une intériorité toute physique. C’est adossé à la mémoire, et du point de vue d’où se contemple la mort, dans un jeu paradoxal d’apparitions et de disparitions, qu’Antonio Gamoneda a écrit ce livre essentiel de la poésie contemporaine, où l’énigme ne sourd pas du rêve, mais d’une veille habitée d’images à la netteté hallucinatoire.

Paru le 1er septembre 2005

Éditeur : Antoine Soriano

Genre de la parution : Version bilingue

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.