Lila

Alain Boudet

(Lila 1)

Ils sont assis
là-bas
dans leur enfance
comme des jardins interdits de printemps

Rêvant un horizon
une porte qui s’ouvre
un départ

Ici
des visages passent

D’autres qui nous sont inconnus
le resteront sans doute

Mais
ici ou là-bas
dans un regard éperdu
nous accueillons le visage du monde
en nous disant :
"Heureux ceux qui croient
au sourire des fleurs".

(Lila 2)

Nous avons attendu
une question au regard noir
une question aux paumes blanches
où poser l’or de notre enfance
avec un désir infini
de rapprocher nos différences

Nous avons accueilli
un éboulis de ciel

Sous la tonnelle de nos rires
les ombres sont devenues
des brumes de beau temps.

(Lila 3)

Lila
quand nous aurons mêlé
nos peaux nos peurs
brassé nos vies nos jeux nos joies
apprivoisé les mots métis
et le poème de nos mains
je te dirai les mots d’Éluard :
"la terre est bleue, comme une orange".

Alain Boudet

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.