Ludovic Janvier

Ludovic Janvier naît en 1934 à Paris.

D’ascendance haïtienne, Ludovic naît d’un père qu’il ne connaitra jamais et d’une mère qui le remettra à une nourrice habitant la campagne. Très jeune donc, comme il en fait le récit dans son roman Confession d’un bâtard du siècle paru chez Fayard en 2011, il se réfugie dans la littérature et prend ainsi la langue comme parent. Il joue avec les mots, les manipule.

Il commence véritablement sa carrière par la publication en 1964 d’une réflexion sur le Nouveau Roman intitulé Une parole exigeante, ainsi que par deux essais consacrés à l’œuvre de Samuel Beckett, Pour Samuel Beckett en 1966, puis Beckett par lui-même en 1969. Grand ami de ce dernier, il traduite à ses côtés D’un ouvrage abandonné et Watt.

C’est à partir de 1968, année au cours de laquelle il publie son premier roman intitulé La Baigneuse, qu’il se consacre pleinement à l’exploration des différentes formes d’écriture, mêlant ainsi tradition et modernisme.

Également enseignement au lycée puis à l’université, Ludovic Janvier invite les étudiants à réfléchir par-eux même, laissant ainsi de côté les diverses analyses préétablies. Son enseignement, toujours fondé sur une volonté de réflexion, fascine ou rebute. En Janvier, l’amphithéâtre ne contient donc plus qu’une dizaine d’élèves, les passionnés. Comment expliquer l’ordre des mots dans telle ou telle phrase ? Pourquoi ce mot-ci à gauche et celui-là à droite ? Voici le type de questions que Ludovic pose. Mais face au faible intérêt qu’exprime la majorité des étudiants pour son travail, il arrête prématurément sa carrière.

Son premier recueil de poésie La Mer à boire paraît en 1987 aux éditions Gallimard. Comme ceux qui lui succéderont par la suite, celui-ci est empreint d’une grande musicalité issue de son appétence pour le jazz et le blues qu’il mêle avec subtilité à son écriture.

En plus des romans, nouvelles, essais et recueils de poèmes, Ludovic Janvier publie plusieurs récits iconoclastes comme cet hymne aux rivières de France intitulé Des rivières plein la voix, paru chez Gallimard en 2004 et pour lequel il obtient le prix Roger Kowalski.

Il meurt le 20 janvier 2016, alors âgé de 82 ans, des suites d’un cancer qu’il combattait depuis plusieurs années.

Extrait

EMMA LA MER

Ces quelques minutes à longer la mer
c’était cruel en compagnie d’Emma
toujours à longer jamais allongés
toujours à bander jamais d’abandon
Emma me dit non parle-moi
parle-moi d’amour parle-moi d’Emma
tu ne veux pas parlons du temps qu’il fait
il fait un soleil à désespérer
mais avec Emma fini d’espérer
avant d’avoir seulement commencé
tu as tort Emma moi la douceur même
ou je ne sais pas parlons politique
dis-moi ce que tu lis en ce moment
elle a l’air inculte or elle a un cul
mais délicieux clair comme un sourire
ah qu’avec Emma ça devient amer
ces longues minutes à longer la mer

Doucement avec l’ange, Éditions Gallimard, 2001.

Bibliographie

Romans

  • La Baigneuse, Éditions Gallimard, 1968.
  • Face, Éditions Gallimard, 1974.
  • Naissance, Éditions Gallimard, 1984.
  • Monstre, va, Éditions Gallimard, 1988.
  • La Confession d’un bâtard du siècle, Fayard, 2012.

Recueils de nouvelles

  • Brèves d’amour, Éditions Gallimard, 1993.
  • En mémoire du lit, Brèves d’amour 2, Éditions Gallimard, 1996.
  • Encore un coup au cœur, Brèves d’amour 3, Éditions Gallimard, 2002.
  • Tue-le, Éditions Gallimard, 2002.
  • Apparitions, Brèves d’amour 4, Éditions Gallimard, 2016.

Poésie

  • La Mer à boire, Éditions Gallimard, 1987.
  • Entre jour et sommeil, Seghers, 1992.
  • Comme un œil, Dessins de Jean-Marie Queneau, Éditions de la Goulotte, 1998.
  • Doucement avec l’ange, Éditions Gallimard, 2001.
  • Bon d’accord, allez je reste !, Éditions Inventaire/Invention, 2003.
  • Des rivières plein la voix, Prix Roger-Kowalski, Éditions Gallimard, 2004.
  • Une poignée de monde, Éditions Gallimard, 2006.

Essais

  • Une parole exigeante : le nouveau roman, Les Éditions de Minuit, 1964.
  • Pour Samuel Beckett, Les Éditions de Minuit, 1966.
  • Samuel Beckett par lui-même, Éditions du Seuil, 1969.
  • Bientôt le soleil : Pierre Bonnard, Flohic éditions, 1998.