Madrigal - Sonnet

Christian Prigent

Ainsi pour ton anni ma belle
versaire sévèrement je ne
t’achèterai ni le ci ni le
ça ni la quincaillerie telle

que collier moderne zingué
synchro bichromaté ni une
queue de cochon à visser
ni l’anneau qu’aucune

ne sait de levage femelle
ni moi car pour ton uni
vers ma toute chère il n’y

a cataloguées que bagatelles
de choses mortes et non
la vie profonde la vie sans nom

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.