Mains tenues

Auteur : Alexis Pelletier

Mains tenues

Mains tenues rassemble des poèmes dédicacés et adressés ; le recueil se nourrit de cette adresse qui interpelle le réel, le langage et nous-mêmes.
L’écriture d’Alexis Pelletier y fait entendre une voix originale, qui joue avec les frontières poreuses entre les arts et entre les parts de nous-mêmes quand pensée et sentir sont indissociables : Je vis avec les mots/Ou plus exactement chacun d’eux /souvent me paraît une part de/ mon corps

C’est à travers la chair de la sensation, dans l’émotion artistique elle-même enracinée dans le quotidien, que le poème s’interroge et interroge. « C’est quoi le réel demande l’enfant ». A l’impossible réponse s’atèle le poème doutant sans cesse du pouvoir des mots, mais puisant sa musique dans cette incertitude.

« Derrière ce mur des mots contre lequel il projette les mots pour qu’enfin ils saignent, pour qu’enfin ils soient vivants. » comme l’écrit Vincent Rouillon de l’écriture d’Alexis Pelletier, c’est au final à une intense et aimante présence au monde qu’invite l’inquiet du poème.

Et pourquoi chercher encore

ce que nous écoutons du monde

quand il s’agit de nous laisser aller

au temps dans l’intervalle tracé

par le scintillement de ce qui nous est donné

dans la musique ou les oiseaux comme exemple

et plus simplement parfois dans le réel

un tel mot est-il possible

Paru le 1er juin 2013

Éditeur : L’Amandier

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.