Mange ta poire

Christian Prigent

Laisse, poire, moi
toucher à ta chair
et maintenant, oh,
maintenant
je la sens : mange le présent !

- ainsi l’essence parmi
les choses intranquilles de
la politique est

la fin de la politique est
une sorte d’âme de
la politique : l’action
de s’opposer spécifiquement

et basta suffit les poires fraîches sont
une forme leur fraîcheur l’informe de
l’intranquillité (ensemble-seuls nous
allons ô mes amis dans la fraîcheur sans forme
de l’intranquillité

spécifiques et opposés : doucement poli
tiquement posés dans l’âme d’effacement des choses)

- et zéro os no
S ni  d’es
poir !

Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir. L’espoir, anthologie poétique, parue chez Gallimard en Mars 2004.

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.