Mange ta poire

Christian Prigent

Laisse, poire, moi
toucher à ta chair
et maintenant, oh,
maintenant
je la sens : mange le présent !

- ainsi l’essence parmi
les choses intranquilles de
la politique est

la fin de la politique est
une sorte d’âme de
la politique : l’action
de s’opposer spécifiquement

et basta suffit les poires fraîches sont
une forme leur fraîcheur l’informe de
l’intranquillité (ensemble-seuls nous
allons ô mes amis dans la fraîcheur sans forme
de l’intranquillité

spécifiques et opposés : doucement poli
tiquement posés dans l’âme d’effacement des choses)

- et zéro os no
S ni  d’es
poir !

Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir. L’espoir, anthologie poétique, parue chez Gallimard en Mars 2004.

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.