Marivaux

n° 1117 - Josef Winkler – Beppe Fenoglio – mai 2022

Marivaux

Marivaux expérimente et invente des formes nouvelles. Il parle des inquiétudes de son temps avec autant de légèreté que d’acuité. Merveilleux explorateur de la confusion des sentiments et des incertitudes du désir, il brise les illusions de l’amour-propre et les mensonges de l’ordre social. Avec Marivaux, les mots d’hier aident à comprendre les sentiments d’aujourd’hui. Chaque nouvelle mise en scène, chaque film inspiré par son œuvre révèle des échos d’une étonnante actualité, entre en résonance avec nos préoccupations les plus actuelles, comme le montrent les études réunies ici.

Pour le centième anniversaire de Beppe Fenoglio (1922-1963), Europe consacre lui consacre un substantiel cahier. Originaire de la région piémontaise des Langhe comme Cesare Pavese, Fenoglio s’engagea dans la Résistance et cette expérience de la guerre des partisans a largement nourri son œuvre qui se détache au premier plan de la littérature italienne du 20e siècle.

Né en Carinthie en 1953, Josef Winkler est considéré comme l’un des grands écrivains autrichiens d’aujourd’hui. Son œuvre a été couronnée par des prix prestigieux, en particulier le prix Alfred Döblin, le grand prix d’État autrichien et le prix Georg Büchner.

Paru le 16 mai 2022

Éditeur : Europe

Poème
de l’instant

Lettres à Sophie Volland

10 juillet 1759,

J’écris sans voir. Je suis venu ; je voulais vous baiser la main et m’en retourner. Je m’en retournerai sans cette récompense ; mais ne serai-je pas assez récompensé si je vous ai montré combien je vous aime ? Il est neuf heures, je vous écris que je vous aime. Je veux du moins vous l’écrire ; mais je ne sais si la plume se prête à mon désir. Ne viendrez-vous point pour que je vous le dise et que je m’enfuie ?

Adieu, ma Sophie, bonsoir ; votre cœur ne vous dit donc pas que je suis ici ? Voilà la première fois que j’écris dans les ténèbres : cette situation devrait m’inspirer des choses bien tendres. Je n’en éprouve qu’une : je ne saurais sortir d’ici. L’espoir de vous voir un moment m’y retient, et j’y continue de vous parler, sans savoir si j’y forme des caractères. Partout où il n’y aura rien, lisez que je vous aime.

Denis Diderot, Lettres à Sophie Volland.