Matière solaire

suivi de Le Poids de l’ombre et de Blanc sur blanc

Auteur : Eugenio de Andrade

Matière solaire

Traduit du portugais par Maria Antónia Câmara Manuel, Michel Chandeigne et Patrick Quillier.
Préface de Patrick Quillier.

Eugénio de Andrade est actuellement le poète le plus populaire au Portugal et, après Pessoa, le plus traduit dans le monde. Il est aussi l’un de ceux qui a su imposer sa singularité en traversant la « galaxie Pessoa » sans demeurer dans la dépendance de ce fabuleux champ d’attraction mentale. Aux vicissitudes, aux drames, aux terreurs de l’identité et du manque d’être, il a substitué l’évidence du désir. Il a inventé un langage du corps, musical et ascétique, sensuel et cristallin, qui transmet, instant après instant, sa façon d’être au monde.

« Les doigts jouent avec la lumière de mars
la mort n’a pas de prise sur le corps
lorsqu’on tient le soleil endormi dans ses bras. »

Le corps, pourtant, est un dieu périssable, et ayant célébré cette « matière solaire » de la beauté physique, Eugénio de Andrade éprouve « le poids de l’ombre » qui, à l’approche du crépuscule, vient parfois ralentir l’élan. Alors, avec une admirable simplicité, il sait doter sa nostalgie des accents de la lucidité, mais sans jamais renier son credo initial : C’est ce qui t’aveugle, le soleil de la peau… Cet éblouissement reste sa vraie lumière.

Paru le 25 mai 2004

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Jacques Ancet

La dernière phrase

Il n’y a ni drame ni déchirure.
On dirait dans le jour un infime
vertige. Rien ne change mais tout
vacille. ce qu’on voit, on le voit
comme s’il venait de s’absenter
et que chaque objet portait encore
une trace de ce qui s’éloigne.
Un peu de chaleur avant le froid.
Une attente qui n’attend plus rien.

Jacques Ancet, La dernière phrase, Frontispice de Paul Hickin, Éditions Lettres vives, 2004.