Mensuel du passage

Georges Cathalo

entre deux portes l’éclair d’un regard et le passage

sillage des mots
où le jour se cache
dans une image

oiseaux de passage
frôlent les nuages
éclairent nos nuits

vacarme lointain
d’étoile en étoile
renaître au matin

trop loin trop près
temps de dire et de se taire
simple passage

des goélands planent
la falaise vibre
écrase les vagues

à chaque seconde
passage furtif
l’ombre d’un présage

à même la nuit
les miroirs en feu
aveugles et muets

en fondant au large
l’horizon se dénoue
ouvre le passage

de leurs parfums
thym et romarin
éblouissent la colline

sable et sel
va-et-vient
écho des passages

et le vent se lève
souvenir
d’una aube nouvelle

Poème
de l’instant

Louis Aragon

Les Poètes

Je peux me consumer de tout l’enfer du monde
Jamais je ne perdrai cet émerveillement
Du langage
Jamais je ne me réveillerai d’entre les mots.

Louis Aragon, Les Poètes, « Le Discours à la première personne », Éditions Gallimard, 1976.