Meung-sur-Loire

Carl Norac

Meung-sur-Loire

à Meung s’en vont les poètes
et dans les Mauves renaissent
les mots qui se sont perdus
le fil de l’eau écrit seul
sa chanson sans habitude
au gré des ponts parle aux ombres
des promeneurs du dimanche
de ceux qui ont sous la manche
de quoi romancer les fleurs
si près la Loire s’ébroue
même quand le soleil flambe
la pierre blanche des rues
ici où sont les poètes
les mots ne se perdront plus

Carl Norac

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.