Michel Onfray ou l’Intuition du monde, par Adeline Baldacchino

Auteur : Adeline Baldacchino

<i>Michel Onfray ou l'Intuition du monde, par Adeline Baldacchino</i>

La quête poétique ne serait-elle qu’une autre manière de pratiquer l’étonnement philosophique ? Deux voies pour une même aventure, celle qui permet de contourner le gouffre, de se vouloir plus intensément vivant. Jouer avec les mots, forger des concepts, c’est toujours écrire pour échapper au vertige d’exister.

Michel Onfray, infatigable pédagogue, philosophe engagé de l’Université populaire, chantre du « jouir et faire jouir », est aussi poète, et il construit un autre plan de son oeuvre, loin de la polémique et des médias. Cette facette, moins connue du grand public, est pourtant révélatrice. Loin de constituer un aspect marginal, elle s’inscrit au coeur d’un projet philosophique qui accorde toute sa place à l’intuition, aux concordances de l’âme et du corps, sans jamais renoncer pour autant à croire aux pouvoirs de la raison.

De cette approche inédite de son oeuvre, Michel Onfray ressort en fils de Bachelard, un grand interprète des intuitions poétiques dont les mots expriment toute la chair du monde.

Paru le 1er janvier 2016

Éditeur : Le passeur

Genre de la parution : Essai

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.