Miroir voilé miroir

Auteur : Franck Cottet

Miroir voilé miroir et les silences qui ouvrent ce livre de Franck Cottet
respirent de la délicatesse des coeurs écarquillés, comme un enfant
fait fixant une ligne de fuite, le plus fort possible, jusqu’à exprimer des
larmes. L’amour, thème le plus commun et le plus neuf en poésie, se
double ici d’un corps.
S’ouvrant sur Silences, variations intimes sur « le silence qu’on garde / par habitude / parce que parler fait trop de bruit », ce livre réaffirme la voix sobre et impérieuse, construite dans la simplicité, d’un poète attentif à toutes les petites évidences du quotidien, à tous les oublis de l’existence. L’humanité généreuse de la poésie de Franck Cottet est enracinée dans les mille surprises invisibles que réserve chaque jour nouveau, tout comme la cruauté de petits abandons personnels, des soupirs imperceptibles des vies qui ont pris des chemins de traverse. L’amour, dans ce qu’il a d’essentiel, d’unique pour chaque être humain est posé dans les modulations tendres de Miroir voilé miroir.
« Jamais je ne t’ai dit les niaiseries de l’amour mon canard mon poussin, noms d’oiseaux non. /Me suis simplement hissé à hauteur de tes épaules. »

Paru le 1er juin 2010

Éditeur : Clarisse

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.