Mocha

Auteur : Franck Doyen

Mocha

Cette suite poétique signale une transformation importante de l’écriture de Franck Doyen. Si ses livres précédents témoignaient d’une confrontation avec les mots et groupes de mots, de la tension à la naissance de leur affrontements, ce dernier livre s’inscrit certes dans la continuité des collines, ratures, publié en 2016 dans cette même collection « Poiesis », dont la particularité était, notamment, un affrontement avec la page, plus précisément, avec la disposition sur la page des vers, des fragments. Le lecteur retrouvera la même structure visuelle, ses fragmentations en paragraphes courts pouvant être lus indépendamment les uns des autres, mais la thématique du déplacement est abordée cette fois sous les dynamiques du nomadisme et de l’exil. Mocha construit, au fur et à mesure de ses fragments poétiques, un récit. Le « vous », qui est le personnage auquel le texte s’adresse, dérive, seul sur l’océan. Entre le réel et l’imaginaire, en proie aux éléments, à la faim, à la solitude, le personnage perd l’usage de la langue et s’animalise. Ce livre est une véritable descente le long des zones océaniques, et une remonté jusqu’à l’île de Mocha, faisant ainsi entrer ce texte en résonnance avec Moby Dick de Melville. Et en particulier, avec la mythologie Mapuche, et les peuples d’Araucanie et de Patagonie. Écrite dans une langue nette, claire, limpide, cette suite atteint des profondeurs poétiques auxquelles nous sommes peu habitués.

Paru le 1er novembre 2018

Éditeur : La lettre volée

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.