"Mon mousseau…"

Bernard Chambaz

mon mousseau
encore
le souffle non moins ténu qu’au chant III
côté rue le monde des vivants

côté cour le monde des morts
veillé la nuit par les arbres bouffés à l’acide
par les drapeaux bleu-blanc-rouge par la cheminée orientale
du colombarium. urbi
et orbi. un mur
d’enceinte
en pierre sépare les deux mondes. on entend le train
par vent d’est. on voit les couronnes de fleurs déborder
des poubelles. chaque fois
on a le cœur
qui se dérobe

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.