Mon tour du monde

Mon tour du monde

Un jour le père dit à la mère :
– Il faut vendre les enfants
Ils coûtent beaucoup d’argent
et apportent bien peu de satisfaction
C’est un mauvais placement
– Ça ne se fait pas, dit la mère, et que diront les gens ?
– Ce que pensent les gens m’indiffère, dit le père, mais je n’aime pas qu’on se mêle de mes affaires, nous dirons que les enfants sont morts.
– Morts ? dit la mère, tous les trois ? Mais ce n’est pas crédible !

Avec la cruelle naïveté des comptines, Isabelle Minière dit les tempêtes intimes qui agitent nos existences, mais aussi la douceur des mains, la persistance des voix disparues, arcs-en-ciel fragiles au cœur de l’orage ; et même, d’improbables trouées de soleils rieurs, qui donnent à ce Tour du monde un charme étrange. Celui de la poésie.

Paru le 15 février 2021

Éditeur : Rhubarbe

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Je suis la fille du baobab brûlé

Elle a une main dans la main du désir
Nous ramons en haute mer
Les eaux suffoquées cassées
Masses pendues aux os tendres
Où je meurs dialogue des corps
Le voyage est infini sur les routes de lumière
Le vin des amants est un baiser mortel

Au chant de la bien-aimée
Un soupir rend l’éternité
Mêlant l’anatomie des sens
Notre histoire refuse la chronique des héros
Le sexe humide du poème
Nourrit l’espérance du monde
Nous arriverons ensemble
Nous cheminerons ensemble
Nous partirons ensemble
Au contrepoint de la terre

Ce qui n’est à personne est à moi
J’embrasse le crépuscule d’eau
Je suis debout au flanc des nuages
Je respire l’air frais du soir
Tant qu’il y aura une étoile
Je brillerai avec ma chanson
Et je chanterai à voix de tête

Rodney Saint-Éloi, Je suis la fille du baobab brûlé, « Elle a une main dans la main du désir », Mémoire d’encrier, 2015.