Mon tour du monde

Mon tour du monde

Un jour le père dit à la mère :
– Il faut vendre les enfants
Ils coûtent beaucoup d’argent
et apportent bien peu de satisfaction
C’est un mauvais placement
– Ça ne se fait pas, dit la mère, et que diront les gens ?
– Ce que pensent les gens m’indiffère, dit le père, mais je n’aime pas qu’on se mêle de mes affaires, nous dirons que les enfants sont morts.
– Morts ? dit la mère, tous les trois ? Mais ce n’est pas crédible !

Avec la cruelle naïveté des comptines, Isabelle Minière dit les tempêtes intimes qui agitent nos existences, mais aussi la douceur des mains, la persistance des voix disparues, arcs-en-ciel fragiles au cœur de l’orage ; et même, d’improbables trouées de soleils rieurs, qui donnent à ce Tour du monde un charme étrange. Celui de la poésie.

Paru le 15 février 2021

Éditeur : Rhubarbe

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Alejandro Jodorowsky

C’est comme ouvrir un menhir avec les mains

Cessez de chercher, vous êtes la porte
et les gardiens qui en interdisent l’accès.
Chaque pas vous éloigne du nombril
chimères assoiffées d’aventure.
Vous croyez que le mariage vous libère de la mort
ou que l’argent vous marque dans la hiérarchie divine.
Cessez de chercher, la conscience est le philtre magique,
L’œil capable de rejoindre les orbites vides de Dieu
traversant la mort. Personne ne se rencontre soi-même
en parcourant les mers ou en explorant les cavernes.
C’est difficile, comme ouvrir un menhir avec les mains
car notre âme est plus dure que la pierre.

Alejandro Jodorowsky, Traduit de l’espagnol (Chili) par Martin Bakero et Emmanuel Lequeux
dire ne suffit pas, no basta decir, Le Veilleur Éditions, 2003.