More à Venise de Bertrand Degott

More à Venise de Bertrand Degott

L’écureuil dans le noisetier moi dans ma chambre
et la fenêtre entre nous deux, peut-être que
mon poème devrait s’en tenir là - rien que
cet écureuil un peu rabougri de la queue
qui d’une branche à l’autre s’étire ou se cambre

pour attraper les fruits s’assied pour grignoter
lui et moi juste, entre lui et moi la fenêtre
on en resterait là - ça vaudrait mieux peut-être
que de recommencer toujours la même lettre
pensant que tu me lis dans la pièce à côté

comme autrefois… je vois toujours des digitales
dans le bouquet que tu viens de réunir ou
des campanules, flamboyer tes cheveux roux
aujourd’hui la lumière est malgré nous brutale
et quelle ombre est venue s’affaler sur ton trou !

Paru le 1er mars 2013

Éditeur : La table ronde

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.