Mots déserts

suite russe

Auteur : Denis Emorine

Mots déserts

Le poète Denis Emorine fait l’épopée du réel. Un réel à peine peint, presque d’impressionniste, mais profond, parfois caverneux, comme les abîmes du moi.
Dans ce livre au titre sublime – Mots déserts. Suite russe. Poèmes, on dirait le titre d’une symphonie –, la poésie se fait expérience totale. Le poète vit et a vécu. Toute l’histoire s’accumule en lui. Une histoire de drames, de douleurs, de tragédies, et aussi d’amours, de regards, de pensées positives, via la « jeune femme brune aux yeux bleus », mère exemplaire qui connaît les ravins du temps.
« Le petit garçon » – le poète – narre d’une voix douce et forte les cordes de ce qui a été et de ce qui est, et même de ce qui sera, dans « le grand pays glacé » et en d’autres pays de souffrance.
Dans cette « suite russe », l’émotion poétique n’est pas un dit, ni de l’air tonifiant. C’est le vécu vrai, l’existence en angoisse, le sens des jours qui vont, malgré tout.
« J’inventerai une langue / à la syntaxe irisée », annonce Denis. Il tient sa parole, en produisant une langue entre dialogue et réflexion, brève et profonde, qui lance des flashs de mémoire comme un peintre des ombres et de la lumière à la Caravaggio.

(Extrait de la préface de Giovanni Dotoli)

Paru le 18 septembre 2021

Éditeur : Unicité.

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Alejandro Jodorowsky

C’est comme ouvrir un menhir avec les mains

Cessez de chercher, vous êtes la porte
et les gardiens qui en interdisent l’accès.
Chaque pas vous éloigne du nombril
chimères assoiffées d’aventure.
Vous croyez que le mariage vous libère de la mort
ou que l’argent vous marque dans la hiérarchie divine.
Cessez de chercher, la conscience est le philtre magique,
L’œil capable de rejoindre les orbites vides de Dieu
traversant la mort. Personne ne se rencontre soi-même
en parcourant les mers ou en explorant les cavernes.
C’est difficile, comme ouvrir un menhir avec les mains
car notre âme est plus dure que la pierre.

Alejandro Jodorowsky, Traduit de l’espagnol (Chili) par Martin Bakero et Emmanuel Lequeux
dire ne suffit pas, no basta decir, Le Veilleur Éditions, 2003.