Mu’allaqa, un poème suspendu

de Nathalie Bontemps et de Golan Haji

Mu'allaqa, un poème suspendu

Illustrations de Philippine Marquier.

Ce poème est une adaptation, en français et en arabe moderne, de la muèallaqa d’Imru al-Qays, texte phare du patrimoine arabe. C’est l’une des sept grandes odes de la poésie préislamique, dont on raconte qu’elles étaient, pour leur perfection, suspendues à la Kaaba de La Mecque. C’est dire l’aura de sacralité qui entoure ces textes, strictement versifiés, où forme et fond sont indissociables.
Il existe des traductions érudites de cette mu’allaqa, notamment celles de Jacques Berque, d’Heidi Toelle et de Pierre Larcher. Elles ont été d’un précieux soutien à l’élaboration du texte français qu’on va lire. Nathalie Bontemps remercie Walid al- Masri, ancien professeur de littérature classique à l’Institut français du Proche-Orient de Damas, pour l’éclairage intime du texte arabe qu’il a su lui apporter lorsqu’elle était son élève. L’adaptation française proposée ici est de type ludique. Elle cherche à offrir un texte accessible, reposant sur les images les plus frappantes de l’original.
Quant à l’adaptation arabe, elle a mis Golan Haji dans une situation plus délicate. Il n’est pas chose aisée de simplifier et d’expliquer ce texte, comme si on le traduisait à l’intérieur même de la langue arabe, pour en offrir une version contemporaine symétrique au texte français, concentrée sur l’aspect visuel et perdant la musicalité. Il n’est pas chose aisée de « jouer » avec un chef-d’œuvre connu par cœur par de nombreux lecteurs arabes au fil des générations, de l’époque préislamique à nos jours…
L’original arabe est une mine d’images poétiques : la nuit vue comme une étoffe, l’étoffe des vêtements effaçant les traces dans le sable comme l’aube efface les étoiles dans le ciel, l’humain partageant des caractéristiques animales et végétales, les animaux partageant des caractéristiques humaines… La vie nomade englobe nature et créatures, d’un seul tenant.

Paru le 1er mars 2019

Éditeur : Le Port a jauni

Genre de la parution : Jeunesse

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Philip Larkin

Où vivre, sinon ?

Est-ce pour maintenant ou pour toujours
Que le monde est pendu à une tige ?
Est-ce pour un rendez-vous ou par ruse,
Ces bois trouvés pour aller faire un tour ?

Est-ce miracle ou mirage
Si vers les miennes se lèvent tes lèvres ?
Et les soleils, comme des balles de jongleurs,
Sont-ils une feinte ou un gage ?

Darde tes feux, mon ange surprenant,
Faisant front de tes seins à la peur coupe court,
Te prenant maintenant, je te prends pour toujours,
Car le toujours est toujours cet instant.

Philip Larkin, Où vivre, sinon ?, Traduit de l’anglais par Jacques Nassif, Éditions de la Différence, 1994.