Notre tanière

Gabriel Cousin

NOTRE TANIERE

Entre les multiples tâches et notre
fatigue, nous introduisons la cérémonie
amoureuse.

Portes et fenêtres verrouillées, il
n’y a plus que notre silence.

Le désir irradie l’instant. Cristal il
s’insinue dans les fissures de l’heure.

Le feu jaillit métamorphosant la chambre.
Coupés de l’extérieur nous habillons nos
corps pour la nudité.

Les flammes nous prennent dans leurs
bras. Nos souffles s’harmonisent avec le
Requiem de Fauré.

Nous nous lavons de caresses. Elle déplie
ma chair. J’ouvre la sienne.

Une respiration marine nous soulève et
nous dépose, lustrés de nos salives, sous
les embruns d’étincelles.

Dans cette tanière, sous les lueurs, la
faille insérée dans le temps s’agrandit.

Paris n’est qu’un imperceptible point
dans l’espace.

Inédit

Poème
de l’instant

La colline que nous gravissons

Mais soudain, l’aube nous appartient.
Sans savoir à quoi cela tient, nous agissons.
Sans savoir à quoi cela tient, nous avons
tenu bon,
Témoins d’une nation non pas brisée,
mais simplement inachevée.

Amanda Gorman, La colline que nous gravissons , Traduit de l’anglais (États-Unis) par Lous and the Yakuza, Éditions Fayard, 2021.