Nous nous trompons

Pascal Riou

Nous nous trompons
si nous pensons de Dieu
qu’il déserte les nœuds de la raison aveugle,
le jeu des gènes et des synapses,
les flux d’argent et du désir…

Dans tout cela qui tient le monde,
il glisse une absence, l’anche d’un hautbois
pour que la vie s’allège à suivre son chant.
Et c’est aussi comme, par l’hiver, la buée
d’un bon marcheur qui va, se repose
et s’élance jusqu’aux lointains paisibles ;
de le suivre ainsi et de l’aimer
nous touchons l’ombre de sa gloire
et puis son rire.

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Nous nous trompons
si nous espérons de Dieu le tumulte
qui fracturerait le monde.

Ce qu’on nomma jadis Nécessité
il ne peut qu’à peine
en écarter les mailles :
le chaos des nébuleuses, la bave
qui ourle la bouche des vieillards, la mort
de l’enfant à peine né et l’agonie des pauvres ;
tout cela et tant d’autres douleurs
est le jeu du monde mouvant et déclinant
non l’aube où il se tient.

Il peut encore moins glisser son souffle
dans les mâchoires durcies des rancœurs ordinaires,
dans notre goût du lucre et du pouvoir.
Il nous faut donc l’aider.
C’est notre tâche,
la seule qui soit.

Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir. L’espoir, anthologie poétique, parue chez Gallimard en Mars 2004

Poème
de l’instant

Coplas

Où va donc ce chemin ?
- Ce chemin ne va pas :
ce chemin reste là,
à l’endroit où il est.

José Bergamín, « Coplas », Traduction de L.-F. Delisse, Revue Caravanes 8, Éditions Phébus, 2003.