Nous reconnaître…

Luc Bérimont

Nous reconnaître : c’est cela
Soudain qui fait tanguer la ville
Comme un typhon, comme un baril
De poudre, exfoliant nos draps,
Ta peau me brûle, sa douceur
Me désoriente, m’altère
Si tes yeux regardent la terre
Elle devient bleue jusqu’au cœur,
Quand tu marches, je suis désir
Quand tu t’allonges je suis barque
Je deviens soleil quand tu t’arques
A la pointe nue du plaisir.
Fends-toi, femme ! fais ta Mer Rouge
Laisse un peuple te traverser
Que les Hébreux passent à pied
Et que Pharaon soit noyé
- Lui, ses beaux guerriers à peau douce.
Fends-toi comme une écorce bouge
Comme une Beauce pour le grain
Sois une flamme de jasmin
Pour les jardins où l’eau s’entrouvre.
Permets l’escalade à mon cri
Sois ma mère, ma suzeraine
Mon lait d’ânesse, mon haleine
Que je me roule en tes replis.
Sois ma colline, mon village
Ma forêt où courent les loups
Sois tes jambes et deviens mon cou
Sur la berge de ton halage.
Sois fille, et soigne ton ouvrage
Ferme la mort, ouvre l’enfant
Sois mon espace du dedans :
Ma nuit de noir soleil hurlant.

Ecouter ci-dessous la chanson composée par Donia Berriri, coup de coeur du jury du Prix Chedid 2015

Poème
de l’instant

Journal 1887-1910

Chaque fois que le mot « Jules » n’est pas suivi du mot « Renard », j’ai du chagrin.

29 mai 1903

Jules Renard, Journal 1887-1910, Actes Sud, 1995.