Nous reconnaître…

Luc Bérimont

Nous reconnaître : c’est cela
Soudain qui fait tanguer la ville
Comme un typhon, comme un baril
De poudre, exfoliant nos draps,
Ta peau me brûle, sa douceur
Me désoriente, m’altère
Si tes yeux regardent la terre
Elle devient bleue jusqu’au cœur,
Quand tu marches, je suis désir
Quand tu t’allonges je suis barque
Je deviens soleil quand tu t’arques
A la pointe nue du plaisir.
Fends-toi, femme ! fais ta Mer Rouge
Laisse un peuple te traverser
Que les Hébreux passent à pied
Et que Pharaon soit noyé
- Lui, ses beaux guerriers à peau douce.
Fends-toi comme une écorce bouge
Comme une Beauce pour le grain
Sois une flamme de jasmin
Pour les jardins où l’eau s’entrouvre.
Permets l’escalade à mon cri
Sois ma mère, ma suzeraine
Mon lait d’ânesse, mon haleine
Que je me roule en tes replis.
Sois ma colline, mon village
Ma forêt où courent les loups
Sois tes jambes et deviens mon cou
Sur la berge de ton halage.
Sois fille, et soigne ton ouvrage
Ferme la mort, ouvre l’enfant
Sois mon espace du dedans :
Ma nuit de noir soleil hurlant.

Ecouter ci-dessous la chanson composée par Donia Berriri, coup de coeur du jury du Prix Chedid 2015

Poème
de l’instant

Serge Sautreau

Rivière je vous prie

Loin, un instant, des rives, souvenons-nous, riverains des cours de porcelaine, souvenons-nous des loges de verre, entre flammes et idoles, où se pâmaient le mythe, la révolte, les tyrannies de la fin…

Loin, à l’instant, loin du poumon fertile, c’est l’origine qui appelle avec de longs herbiers ondulant sous la nacre, laissant apercevoir des sables habités, des galaxie solubles, des à-pics de massifs coulés s’engloutissant dans le vert sombre.

Pour invoquer. Pour éveiller le dieu. Pour ne jurer de rien. Pour accueillir. Rivière.

Serge Sautreau, Rivière je vous prie, Éditions l’Atelier le Ciel sur la Terre, 1997