Nul chemin dans la peau que saignante étreinte

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Nul chemin dans la peau que saignante étreinte naît parce que saturation de fêlures. Parce que plaies et déchirements. Parce qu’aussi sous la peau tous les cris, tous les feux, des voix vagabondes, et la sève brûlante des voyages. J’ai voulu allumer le verbe pour arpenter ces lieux, fouler tant l’écorce que les abysses de ces villes-ruines, conter mes errances, sonder les maux de ma terre intérieure, ramener au soleil un vœu humain longtemps bafoué.
Ce texte peut s’entendre comme une marche, une marche pour compter les pas fauchés de l’être, plonger dans les cahots du corps et recenser l’infernale odyssée de ces peaux condamnées au chant du barbelé. Mais aussi pour restituer des moments qui rayonnent d’humanité, d’amour et d’espérance. Poème à fleur de peau qui ne baisse pas les mots devant l’étreinte, il ne s’agit pas d’une plainte mais d’un chant de lumière porté par un oiseau blues.

Portée par une musique aux couleurs blues/rock, une voix scande ce chant poétique, frénétique.

Extrait :

« Contre les murs ivres d’éclats, chute le soleil.
Nom brisé de la fleur.
Cœur qui tremble est plus lourd que l’attente
du marin.
Arrogante prière au vide que de battre ses ailes.
Mais que vaut-il d’être debout quand traîne
la lumière au sol ?
Par devoir d’insomnie
ou nécessaire chanson de chair,
la nuit cassée à corps battant de noctambules.
Surgit l’aube des chaînes.
Bleu comptant la course des vagues.
Tel secret de pluie, quelle longue route l’espoir. »

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Durée : 45 minutes
Texte et interprétation : Jean D’Amérique
Musique (guitare) : Kerby Jimmy Toussaint

Production : Loque Urbaine

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.