Nul ne s’égare

précédé d’Hæres

Auteur : André Frénaud

Nul ne s'égare

Un poète à la voix immédiatement identifiable par le rythme et l’ardeur, l’âpreté et l’amplitude ; un poète au souffle épique qui semble perdu en un temps de respiration frileuse et de prosodie étriquée : André Frénaud ne déserte ni le champ de l’Histoire, ni celui de la politique, ni celui des sentiments et des passions. Sa poésie est une quête incessante menée avec et pour les hommes afin que le poème assure, ainsi qu’il le suggère lui-même, une « médiation efficace d’une certaine expérience qui fut expérience d’ébranlement et de pressentiment du tout, de la Lumière ».
Cette « médiation efficace » constitue le projet et l’enjeu essentiel de l’œuvre d’André Frénaud. Hæres, ce mot latin qui signifie héritier, indique combien le poème apparaît, pour l’auteur des Rois Mages et de La Sorcière de Rome, comme le seul héritage qui vaille. Et il précise que « c’est le seul bien qu’il voudrait pouvoir donner, quand il n’est pas paralysé par le sentiment du si peu, celui dont il aimerait faire de tous les hommes les héritiers ».
Avec Nul ne s’égare, recueil composite, André Frénaud souligne de manière presque testamentaire ce qui a guidé son chemin d’écriture : « Ni plus ni moins que dans l’accomplissement du poème ou dans la construction d’un livre, à travers les plusieurs livres qu’il aura dans sa vie constitués, il s’agit toujours pour le poète de laisser percer quelque chose de l’universelle dissonance instigatrice… »

Paru le 2 mars 2006

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Marceline Desbordes-Valmore

« Les roses de Saadi »

J’ai voulu, ce matin, te rapporter des roses ;
Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les nœuds trop serrés n’ont pu les contenir.

Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.
Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir ;

La vague en a paru rouge et comme enflammée :
Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée…
Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

Marceline Desbordes-Valmore, « Les roses de Saadi », Poésies de 1830.