Où sont les enfants ?

Catherine Leblanc

Où sont les enfants ?
Dans un grenier
Plein d’or et d’araignées
Cachés dans leurs costumes
A déranger la lune

Dans un champ
Des heures entières
A regarder tourner les moulins blancs
Et à passer comme le lézard
De la pierre à l’éclair

Dans un arbre
Jeté dessus de l’orage
Ils lancent des lianes
Pour pêcher des torpilles

Où sont les enfants ?

Dans les rues
A marcher dans les feuilles, à brûler
Des feux rouges
A essayer d’user les murs
Avec leurs mains, leurs cris et leurs tatouages

Dans l’espace
Ils commencent un monde
Où sont les enfants ?
Ils sont loin devant

Poème extrait de Des étoiles sur les genoux, Éditions Le Farfadet bleu, 2000.

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.