Parler peau

de Sabine Huynh

Parler peau

Peintures de Philippe Agostini.

La perte de la parole est peut-être le plus grand exil et la plus grande blessure de langue qui soient. Avec Parler peau, Sabine Huynh explore la possibilité de recoudre cette blessure grâce au pouvoir de la rencontre amoureuse et de celui, qui en découle, de l’écriture. Ces textes poétiques brefs, loin d’une quelconque idéalisation romantique, bien ancrés dans le réel de la chair et du souffle, livrent avec pudeur la floraison passionnée d’un langage amoureux neuf, et une sémantique de la personne amoureuse dans son rapport à l’autre. Il s’agit, avec les mots, de fixer les étreintes pour ne pas qu’elles se desserrent, pour empêcher que les caresses ne se volatilisent. Du je au tu au livre, au recueil de poèmes comme suspendus, filets de voix déclinant au présent les mouvements enroulés de corps aimants, leur vulnérabilité, et leur épanouissement.

notre lit est un palais secret
aux voûtes larges et indemnes
où nos langues mêlées sont reines
où nous sommes pleinement
dévoués à notre dénuement
et au ballet de nos cicatrices
se frottant et fertilisant nos
poussières

Paru le 22 novembre 2019

Éditeur : Aencrages&Co

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Serge Sautreau

Rivière je vous prie

Loin, un instant, des rives, souvenons-nous, riverains des cours de porcelaine, souvenons-nous des loges de verre, entre flammes et idoles, où se pâmaient le mythe, la révolte, les tyrannies de la fin…

Loin, à l’instant, loin du poumon fertile, c’est l’origine qui appelle avec de longs herbiers ondulant sous la nacre, laissant apercevoir des sables habités, des galaxie solubles, des à-pics de massifs coulés s’engloutissant dans le vert sombre.

Pour invoquer. Pour éveiller le dieu. Pour ne jurer de rien. Pour accueillir. Rivière.

Serge Sautreau, Rivière je vous prie, Éditions l’Atelier le Ciel sur la Terre, 1997